L’extrême violence contre la barbarie n’est pas la justice

Mohammed Merah est le symbole d’un échec. Échec de l’opération de police qui devait l’arrêter, échec d’une intégration en panne, échec d’une politique qui a fabriqué ses propres monstres pour en faire le moment venu ses boucs-émissaires.

La chasse à l’homme, le siège télévisé, les cagoules du RAID, les trois cents balles tirées sur le présumé coupable, tous ces événements n’ont donné lieu qu’à des congratulations. Quelle efficacité! Vive la police! Mort à l’auteur de crimes horribles dont la famille, comble de l’indécence, « est fière ». On apprendra, quelques jours plus tard, que les réactions de la famille étaient différentes, qu’elle était surprise et pas vraiment au courant, jusqu’au coup de théâtre final, la plainte du père contre le RAID et les « preuves » que détiendrait sont avocate. Avec toute cette histoire, c’est deux semaines de campagne présidentielle escamotée.

« Mission accomplie » titrait le Figaro. Non, la mission n’était pas d’assassiner le suspect mais de l’arrêter et de le juger. Le meurtre d’Etat n’est pas la justice, même les criminels de guerre nazis ont eu leurs procès. Etait-il vraiment impossible de le neutraliser pour l’arrêter? Je ne suis pas spécialiste de ce sujet, mais manifestement les avis des professionnels, à commencer par le GIGN, divergent. Après tout, Merah était-il bien l’auteur des assassinats? Certes, il avait des choses à se reprocher, mais cela n’en fait pas automatiquement le coupable de tous les meurtres dont on l’accuse. C’était à la police de rechercher et d’arrêter le suspect et c’était à la justice de le juger. Dans un état de droit, un suspect reste un suspect tant que la justice ne l’a pas condamné après un jugement.

Mohammed Merah est le symbole d’un échec. Échec de l’opération de police qui devait l’arrêter, échec d’une intégration en panne, échec d’une politique qui a fabriqué ses propres monstres pour en faire le moment venu ses boucs-émissaires. Moins grave, mais inquiétant cependant, échec d’une presse qui préfère le fait divers à l’analyse, échec de la liberté d’expression et de l’esprit critique, déchaînement des stéréotypes et des certitudes les moins vérifiées. Je ne sais pas si nous saurons un jour qui était le coupable, mais le suspect avait le profil parfait!

Image: @Reuters

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