Chronique d’une journée de campagne: de la médiocrité ambiante aux géniales intuitions de Sangnier

sangnierChronique d’une journée ordinaire de la campagne présidentielle. Trois affaires dans la même journée, de mauvais chiffres pour l’économie, et les chamailleries entre Dati et Fillon. La perte du triple A est proche. Triste jeudi où les politiques ne semblent pas à la hauteur des enjeux. La tempête approche et nous ne sommes préoccupés que d’histoires de corruption qui auraient dû être jugées depuis longtemps, de pseudo nouvelles et de déclarations à côté des enjeux réels.

Journée de contrastes ce jeudi: mauvaises nouvelles et grand espoir. D’abord une avalanche d’affaires dans la journée: la condamnation de Chirac pour corruption, la mise en examen de Patrice de Maistre dans l’affaire Bettancourt et celle de Donnedieu de Vabres pour Karachi. Trois affaires en une seule journée! Quelques jours auparavant, nous avions eu les scandales de la fédération PS du Pas-de-Calais: Coïncidence étonnante et avalanche de nouvelles qui n’en sont pas vraiment, on s’étonne juste que depuis si longtemps que ces affaires font la une, elles n’aient pas encore donné lieu à des mises en examen ou des condamnations.

Plus tard dans la soirée, annonce officielle de l’entrée en récession de la France. Là encore, aucun vrai scoop, les Français ont vu le déclin de leur niveau de vie et s’en doutaient un peu. Petite consolation, les patrimoines augmentent. Certes, les résultats du primat donné à une économie de rente peuvent mettre un peu de baume au cœur des propriétaires, mais savoir que la valeur supposée de leur appartement a augmenté n’est qu’une consolation psychologique.

Le meilleur était encore pour la fin de la journée. Devant la menace de plus en plus précise de perte du triple A de la France, tout ce que le gouverneur de la banque de France trouve à dire c’est « pourquoi nous et pas la Grande-Bretagne, encore plus mauvaise élève que nous ». Suite à l’annonce solennelle de la main tendue par Sarkozy aux Britanniques dans le Figaro car «l’Europe a besoin d’eux», c’est assez maladroit. Même si M. Noyer a raison d’estimer la situation de la Grande-Bretagne pire que la nôtre, cela ressemble à une réaction de cour de récré qui n’est pas à la hauteur de la gravité du problème. Les deux pays finiront sans doute dégradés dans peu de temps et savoir dans quel ordre a peu d’importance. La vraie question, c’est quelle réponse apporterons-nous quand la nouvelle tombera. Le président Sarkozy se veut rassurant, prétend que cela ne changera rien, je ne partage pas son optimisme.

En résumé, un triste jeudi où les politiques ne semblent pas à la hauteur des enjeux. Ce nouvelles ne risquent pas de les faire remonter dans l’estime de leurs concitoyens. La tempête approche et nous ne sommes préoccupés que d’histoires de corruption qui auraient dû être jugées depuis longtemps, de pseudo nouvelles et de déclarations à côté des enjeux réels. Si j’ajoute les querelles entre Dati et Fillon, j’ai fait le tour de la rubrique politique du jour, là encore on s’enfonce dans des querelles de plus en plus politiciennes en passant à côté des enjeux.

En contrepoint heureusement une conférence organisée par le journaliste Jean-Michel Cadiot pour le centenaire de Jeune République, au siège du Sillon, boulevard Raspail. Un film trace l’aventure spirituelle, intellectuelle et politique de Marc Sangnier. Peu de succès de son vivant, ou plus exactement, jamais au pouvoir, mais des intuitions fortes et une influence durable sur la vie politique française. Avoir cherché une voie entre le socialisme marxiste et étatique et la droite nationaliste, jacobine et intransigeante ne lui aura pas facilité la vie. Souvent déformé et incompris, le bilan est pourtant exceptionnel. Il critique le traité de Versailles et les représailles envers l’Allemagne et il a l’intuition de la construction européenne dès les années 20, trop tôt pour être audible. Il est favorable au vote des femmes dès les années 30. Pas mal pour un Français, même si à cette date, le droit de vote des femmes est déjà évident dans beaucoup de pays. Tous les députés de son mouvement, 4, votent contre les pleins pouvoirs à Pétain en 40, évident après coup mais certainement pas au moment du vote, il suffit de voir le résultat. Tous les membres de Jeune République sont résistants dès 1940, pas en 1942 ou 1943, et représenteront le tiers des effectifs du CNR. Là encore, pas mal pour un parti de 4 députés. Après la guerre, Jeune République est d’emblée pour la décolonisation, encore une fois en avance, à l’opposé du MRP dont Sangnier est pourtant élu président d’honneur. Mendès-France, de Gaulle, Schumann, Bidault, passent par Jeune République dans les années 30, mais seront au pouvoir sous d’autres couleurs. Des héritiers commentent les positions de Sangnier: Jacques Delors, Michel Rocard, Anne-Marie Idrac, François Bayrou.

Le film de Cadiot sur Sangnier tranche avec la médiocrité politique ambiante mais il met à nu les travers de la vie politique française enfermée dans son bipartisme aveugle.

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