Et l’enseignement professionnel?

Le sujet est rarement abordé, l’enseignement professionnel, c’est un peu pour les enfants des autres. Pourtant, c’est là que l’on perd 15% d’une classe d’âge qui quitte le système sans emploi et sans qualification. L’échec massif, la disparition des élèves indésirables, se produit discrètement à la rentrée en LEP. Dans certaines académies, l’enseignement professionnel (2/3 LEP + 1/3 apprentissage) représente la moitié des élèves, c’est énorme. L’apprentissage (j’exclus de ce paragraphe les ingénieurs–apprentis, etc.) y est plutôt la voie d’excellence (d’où pas mal de garçons, peu d’élèves d’origine d’immigrée, moins de filles) et représente un vrai choix : il faut trouver soi-même son patron, il y a la perspective de monter son entreprise. Il faut continuer à valoriser ces métiers, à les faire connaître, à les ouvrir davantage à de nouveaux publics, mais l’apprentissage n’est ni un problème crucial, ni une solution universelle de l’enseignement professionnel.

((/public/Images_billets/enseignement_pro.jpg|enseignement_pro.jpg|R|enseignement_pro.jpg, juil. 2009))Le véritable problème, ce sont ces 15% d’élèves qui disparaissent au moment d’entrer au lycée professionnel, poussés hors du système par une procédure d’orientation aveugle et imprévisible ou presque. La question est essentielle, c’est là que l’on perd 15% d’une classe d’âge qui quitte le système sans emploi et sans qualification. Pour le moment l’orientation dans une spécialité en LEP relève souvent du non-choix : l’élève fait des vœux pour une spécialité (souvent sans savoir ce qu’elle est, il y en a des dizaines, avec des noms qui n’évoquent rien ou autre chose que la réalité comme « chaudronnerie » qui est en fait « travail des métaux» et n’a rien à voir avec les chaudrons). Le logiciel PAM, paramétré mystérieusement par le rectorat, affecte uniquement sur les notes. Pour l’élève c’est une loterie qui démotive toute réflexion sur son orientation. Pour les gens qui n’ont rien au premier tour, il y a un 2e tour, puis un troisième, avec des affectations toujours plus éloignées des souhaits initiaux (et peu demandées donc peu valorisantes). Ajoutons quelques tracasseries administratives : délais de confirmation très courts pendant les grandes vacances, début de scolarité en novembre pour les derniers affectés, établissements éloignés du domicile, etc. Bien entendu les élèves qui sont traités par PAM ne sont souvent pas les plus motivés et les plus brillants, leurs familles attendent tout de l’école et sont incapables de les aider. Bref, c’est ce système qui fait sortir du système 15% d’une classe d’âge sans qualification et les place en grand risque de marginalisation. Imaginons un ado qui n’aime pas l’école, est plus ou moins en échec, et est affecté en novembre (en cours d’année) dans une section qu’il n’a jamais choisie, à 30 ou 50 minutes de son domicile. Il y va une semaine, deux semaines, et il décroche facilement. Comme il a plus de 16 ans, il quitte le système et risque la marginalisation. Il lui faudrait une motivation exceptionnelle pour rattraper les cours, aimer ce qu’il n’avait pas imaginé, etc. S’il cherche une deuxième chance vers 20 ans, notre système n’a pas grand chose à lui proposer. Vous imaginez la suite. Que faire ? Il me semble qu’il y aurait 3 paliers à améliorer : 1. L’orientation en fin de 3e et en fin de 2nde : mieux informer sur les filières, construire des choix avec les enfants en fonction de l’offre de formation et de ce qu’ils sont, en surmontant leurs auto-censures. Veiller à la mixité des filières (dans tous les sens du terme). Pour cela, il faut que l’offre soit clairement et publiquement connue, avec les règles d’attribution des places. Il faut aussi penser à mutualiser l’offre entre académies proches. Aujourd’hui si on veut une spécialité qui est saturée en Seine Saint Denis mais vide à Paris, c’est impossible. On ne peut pas non plus laisser l’affectation seulement à un logiciel aveugle. Simplifier la procédure dans la mesure du possible et bien expliquer le calendrier. 2. Soutenir les élèves en début de scolarité au LEP, vérifier s’ils sont présents, etc. Il faut réfléchir à ce volet avec des profs de LEP et des familles. 3. Améliorer les possibilités de revenir vers 20 ans en formation, donner une seconde chance. (même chose sur la formation tout au long de la vie et la VAE).

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