Le baccalauréat est-il encore un examen national?

D’un côté, un taux de réussite toujours plus élevé, toujours plus de bacheliers avec mention, près de la moitié cette année dans les séries générales, à croire que l’examen est presque bradé, seule hypothèse d’ailleurs pour expliquer la présence croissante dans l’enseignement supérieur de certains étudiants visiblement peu armés intellectuellement. De l’autre, un examen qui reste difficile, une correction pas vraiment généreuse, voire parfois franchement sévère, pour ce qui concerne mon expérience des élèves des bons lycées. Comment expliquer un tel mystère? Il faut bien supposer que la procédure de correction masque les écarts croissants d’un établissement à l’autre et biaise le caractère « national » de l’examen.

((/public/Images_billets/bac.jpg|bac.jpg|R|bac.jpg, juil. 2009)) Si les sujets sont nationaux, si les épreuves ont lieu le même jour, il serait naïf d’imaginer que le baccalauréat tel qu’il est organisé est véritablement un examen national. En effet, les corrections, elles, ne sont harmonisées qu’en apparence. Chaque correcteur reçoit ses paquets, reçoit peut-être des instructions sur une moyenne et un écart-type dont il conviendrait de s’approcher, et corrige. Sa tendance naturelle sera de repérer les meilleures copies, les moins bonnes, et d’échelonner les autres entre ces deux extrêmes. Dans l’absolu, une copie ne correspond pas à une note indiscutable, et il ne peut en être autrement. Selon les instructions reçues des commissions d’harmonisation et les usages de sa discipline, le correcteur notera plutôt de 2 à 18 ou de 5 à 14 ou toute autre combinaison. Ce qui est objectif est le classement des copies les unes par rapport aux autres dans un paquet donné, les notes qu’on leur fait correspondre relèvent d’une décision délibérée. A ce stade, il serait malhonnête de crier au truquage, chaque correcteur (ou presque) fait en général son travail consciencieusement. On voit qu’il suffit par exemple de demander d’éviter les notes au dessous de 6 ou 7 ou d’éviter les notes au dessus de 14, sauf copies exceptionnelles, pour réguler le nombre de reçus et de mentions. 80% de mentions paraîtrait un peu exagéré dans certains lycées, qu’on les plafonne à 60%, à l’opposé 5% est transformé en 40%. Ainsi s’explique le miracle annuel des taux de réussite perpétuellement croissants, avec des écarts presque raisonnables d’un établissement à l’autre. Reste à examiner comment sont constitués les paquets. Ils sont composés par secteurs, par groupes de lycées. On comprend alors qu’un paquet de « bons » lycées parisiens des 5e, 6e et 7e, par exemple, sera nettement plus défavorable à l’élève qu’un paquet de lycées qui regroupent des élèves en difficulté, toutes choses égales par ailleurs. Si l’on voulait une vraie correction nationale, il faudrait mélanger bien davantage les origines des copies corrigées par une même personne. Un tel système a un grand avantage: masquer les disparités réelles de niveau d’un secteur à l’autre. Il a aussi un inconvénient majeur: les élèves moyens y sont doublement perdants. Alors qu’ils ont raisonnablement choisi de bons établissements, leurs copies se retrouvent évaluées avec les meilleures mais pas avec les moins bonnes, ce qui a pour effet de leur attribuer des notes à peine supérieures à ceux qui auraient dû être recalés. Ce mécanisme rappelle désagréablement les problèmes que rencontrent aujourd’hui les classes moyennes en terme d’emplois ou de salaires… Seule consolation pour eux: ils réussiront sans doute nettement mieux dans l’enseignement supérieur auquel ils ont été mieux préparés et où le brassage des étudiants est plus réel. Quant aux heureux bacheliers des secteurs défavorisés, ils risquent de devenir un an plus tard des étudiants qui pleurent leur échec aux examens, faute d’une bonne préparation et illusionnés par leurs succès faciles du lycée. L’injustice est encore plus grave que pour les premiers. Comment sortir des hypocrisies du système? Il n’y a guère que deux issues à cette question: * ou bien admettre que les lycées ne se valent pas, et reconnaître officiellement la compétition de fait. Dans cette hypothèse, le diplôme de fin d’études secondaires devient un diplôme « maison », dont la valeur est liée au classement du lycée. On peut parier que les disparités ne feront que croître et que la promotion sociale deviendra quasi impossible. Comment le bon élève du secteur défavorisé pourra-t-il faire valoir sa qualité? Je ne suis pas favorable à un tel système. La version douce de cette option est le contrôle continu qui a ses promoteurs. Il est vrai que si l’on vide de son sens l’examen national, on doit leur donner raison. D’autre part, si le diplôme de fin d’études secondaires devient un diplôme « maison », un autre examen restera à inventer comme le S.A.T. (Scholastic Assessment Test) ou le A.C.T. (American College Test) aux Etats-Unis ou d’autres tests équivalents dans tous les pays sans examen national. Est-ce bien utile de réinventer ce qui existe déjà? * ou bien mélanger davantage les origines des copies d’un même paquet. Certes c’est un surcroît d’organisation, mais c’est la seule façon de conserver à l’examen un caractère vraiment national. Dans cette hypothèse, le baccalauréat reste un référent commun à l’ensemble du secondaire et les disparités entre lycées devraient tendre à diminuer en encourageant à faire des efforts pour obtenir des résultats moins biaisés qu’aujourd’hui. Les élèves seront les premiers gagnants.

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