Et si c’était l’été 14?

Au début de l’été, je recommandais à mes amis de savourer leurs vacances dans l’ignorance où nous sommes de ce qui pourrait nous attendre. A Koktebel sur la mer noire, avec ses amis en 1913, la Marina Tsveteava de la photo ne sait pas encore que le monde des vacances en Crimée n’a plus qu’un an devant lui. Entre 1915 et 1917 on peut encore rêver que tout redeviendra normal après la guerre, en 1918 il est clair qu’un monde nouveau a chassé l’ancien.

((/public/Images_billets/ete14.jpg|ete14.jpg|R|ete14.jpg, juil. 2009)) Dans son Voyage d’un Européen à travers le XXe siècle, Geert Mak met en scène un Turc qui rentre de vacances à Istanbul début septembre 1914, sans savoir que le monde qu’il a connu jusque là va s’écrouler. J’invitais donc à profiter des vacances, sans savoir au juste quelle crise nous guettait, les quotidiens apportent tous les jours leurs lots de menaces sourdes auxquelles nous préférons ne pas trop croire, habitués que nous sommes à la paix en Europe occidentale depuis 1945. Puis est arrivée la guerre en Géorgie, et quelques jours plus tard le cesser-le-feu. Soulagement ! Les jeux ont pu reprendre la une des journaux. Hélas, comme il fallait s’y attendre, les choses sont moins simples qu’on le souhaiterait. Manifestement, la Russie teste les réactions de l’Europe et des Etats-Unis et profite de l’indépendance du Kosovo et d’un vieux mandat de maintient de la paix pour créer un pseudo-parallèle. Elle intervient contre les méchants Géorgiens comme nous étions intervenus contre les méchants Serbes. Au bombardement de Belgrade correspond celui de Tbilissi. Et si nous avons accepté de remettre en cause l’intégrité de la Serbie, pourquoi pas celle de la Géorgie? Jusqu’où ira-t-elle et pour quoi faire? On veut croire que ses nouveaux dirigeants préfèreront leurs vacances à Courchevel ou à Nice et la scolarité de leurs chers enfants dans les public schools anglaises à une aventure caucasienne. On aimerait qu’il ne s’agisse que d’un épiphénomène, d’une montée d’adrénaline sans lendemain, comme la crise des fusées de Cuba. La Russie, l’Europe et la Géorgie auraient tout à perdre dans cette affaire. Les leçons de deux guerres mondiales ne nous suffisent-elles pas? La leçon récente de la Tchétchénie ne nous suffit-elle pas? Des morts, des destructions, un pays exsangue pour quel résultat? A part enrichir le nouveau maître de Grozni et ses amis de Moscou dans la reconstruction, la guerre a tué des milliers de personnes dans les deux camps et n’a pas même permis de maintenir une présence russe vieille de deux cents ans dans le Caucase. Il y avait 40% de Russes à Grozni, ils sont 5% aujourd’hui. Les sites des anciens des écoles de Grozni expriment une nostalgie de pieds noirs pour le paradis perdu: la lumière, le soleil, la mer, le vin et la bonne cuisine, personne ne comprend comment le paradis s’est soudain transformé en enfer. La guerre n’aura même pas servi à empêcher les nettoyages ethniques des Russes par les miliciens tchétchènes, elle les y a au contraire poussés. A part exciter le nationalisme et la nostalgie de l’empire et renforcer le pouvoir et la fortune de Poutine et ses amis, on cherche en vain l’intérêt d’une guerre aussi longue et calamiteuse. Si les vacances en Europe des nouveaux riches et notre propre tranquillité sont une motivation un peu égoïste, elle a le mérite de faire moins de dégâts collatéraux que les guerres dans le Caucase.

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