Belgrade cinq ans après

J’avais connu il y a cinq ans une ville encore marquée par la guerre et les bombardements de l’OTAN. J’ai découvert la semaine dernière une ville gaie, joyeuse, où l’on rattrape le temps perdu. Nouveaux quartiers tout en verre, rue piétonnes fraîchement pavées, restaurants et musique, enseignes américaines, Belgrade s’amuse et se positionne définitivement en capitale européenne.

((/public/Images_billets/Serbia-Belgrade.jpg|Serbia-Belgrade.jpg|R|Serbia-Belgrade.jpg, oct. 2009)) Il y a cinq ans, le voyage commençait par un magazine un peu vieillot sur les lignes de JAL. On y décrivait à longueur de pages les destructions d’églises et de monastères au Kosovo. Changement de décor en 2009: le même magazine a des airs design, parait en anglais et russe, et propose des publicités pour les banques, un voyage à Zürich, les temples d’Angkor, des opérations immobilières et des bureaux ultra-modernes, des restaurants, des cabarets et des hôtels de luxe. L’introduction au voyage dit à elle seule les choix de la Serbie: économie de marché à l’occidentale et ouverture internationale. L’époque du repli identitaire nationaliste est révolue, l’heure est à l’intégration européenne. Le trajet de l’aéroport à la ville traverse Néo-Belgrade, quartier d’affaire tout neuf. On ne voit guère que quelques banques françaises, pour le reste, surtout des entreprises autrichiennes – l’empire austro-hongrois renait de ses cendres – et des entreprises grecques, russes, italiennes, allemandes. Dans le centre, les enseignes nostalgiques de l’ex-Yougoslavie ont fait place aux chaines habituelles: Sephora, Nike, Zara, etc. Embouteillages et nouvelles voitures témoignent de la surchauffe économique, les habitants se plaignent de la spéculation immobilière et des loyers trop élevés. Avec la crise, il est permis de s’interroger sur le maintient d’un tel rythme. Derrière la vitrine de capitale des plaisirs que se donne Belgrade, quelques signes des difficultés passées demeurent: un cuisinier se plaint du peu de produits disponibles et de la nécessité d’importer qui fait exploser les coûts. Dès que l’on s’éloigne du centre, les façades ne sont plus ravalées. A quelques dizaines de kilomètres, le Kosovo n’est pas loin, les Serbes de Bosnie non plus. On observe un curieux mélange de « western shit » un peu kitsh, d’engouement pour la télé-réalité ou les jeux idiots, et de fierté nationaliste retrouvée. La cathédrale Saint-Sava est l’objet d’une fierté très nationale et très orthodoxe. « Nous avons été le rempart de la chrétienté et nous le resterons » et la cathédrale continue de s’élever, énorme édifice de marbre blanc dont la construction a été décidée après la chute de l’empire ottoman. Après une période d’utilisation comme parking à l’époque du socialisme, la construction a repris. L’extérieur du Montmartre local est presque terminé, le décor en mosaïque de l’intérieur et l’iconostase sont encore à l’état de plans. Malgré les difficultés, il semble évident que la Serbie est désormais sur la voie de la construction européenne, alors qu’elle hésitait encore il y a cinq ans. C’est une excellente nouvelle pour l’Europe. Il restera à régler les conflits du Kosovo pour éviter que cette région ne devienne un trou noir dans une Europe unifiée de la Grèce à l’Autriche. La reconnaissance du Kosovo est loin de faire l’unanimité. Les Russes ne l’ont pas reconnu (comme la moitié des autres pays membres de l’ONU) mais ont prétexté ce précédent juridique pour annexer l’Abkhazie. Trouver un modus vivendi avec la Russie, très présente dans cette zone à travers ses investissements, est une clé de la paix dans cette zone et en Europe.

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