Dîner avec Alain Lambert le 7 décembre 2011 au café Procope – Introduction

Le 7 décembre 2011, Alain Lambert a partagé au café Procope ses réflexions sur les finances publiques. Le dîner-débat était introduit par Véronique Delvolvé, élue du 7e arrondissement, et moi-même. Je reproduis ici mes propos avant de tenter un résumé du débat avec Alain Lambert dans un billet à venir. Nous assistons impuissants et sans très bien comprendre à une crise des dettes souveraines dont les plans successifs ne nous sortent manifestement pas. Quels sont les enjeux? Qu’en pense Alain Lambert ?

Monsieur le Ministre, chère Véronique, chers amis de la deuxième circonscription et au-delà,

Je commence la soirée par des remerciements: merci Véronique d’avoir organisé ce dîner, merci Monsieur le Ministre d’avoir accepté notre invitation à partager vos réflexions sur la dette et les finances publiques en ce début de campagne présidentielle. François Bayrou a déclaré officiellement sa candidature aujourd’hui et vous avez choisi de le soutenir.

Notaire de profession, vous avez occupé de nombreuses responsabilités politiques: maire d’Alençon, sénateur de l’Orne, ministre du budget dans les gouvernements Raffarin I et II de 2002 à 2004. Vous êtes l’un des pères de la LOLF avec Didier Migaud, et vous vous étiez fixé pour objectif au cours de votre ministère la réduction du déficit budgétaire. Aujourd’hui vous êtes président du Conseil général de l’Orne, vous avez rejoint François Bayrou et vous vous préparez à être candidat dans la 2ème circonscription de Paris où nous nous trouvons.

Nous assistons impuissants et sans très bien comprendre à une crise des dettes souveraines dont les plans successifs ne nous sortent manifestement pas. Chaque plan est annoncé à grand renfort de presse comme la solution attendue, mais l’on apprend quelques semaines plus tard qu’il n’a rien résolu et qu’un nouveau plan est à l’ordre du jour.

Nous comptons sur vous d’abord pour nous expliquer, en expert du budget de l’Etat, comment nous en sommes arrivés à cette situation, comment est construit le budget de l’Etat, ce qu’il montre et peut-être ce qu’il cache: dépenses non provisionnées comme les retraites des fonctionnaires, dépenses d’investissement qui servent en réalité à du fonctionnement, pour afficher des réductions en trompe l’œil au détriment de l’avenir, fausses économies à court terme qui font préférer des partenariats public-privé plus onéreux qu’un investissement direct de l’Etat, mais plus légers dans le budget affiché dans l’immédiat. Je pense au scandale du Centre Hospitalier Sud Francilien qui apparaît aujourd’hui.

Je pense également aux leçons terribles de l’histoire, avec l’espoir que nous saurons les entendre et ne pas reproduire les mêmes erreurs. On m’a signalé un excellent livre de Sylvain Schirmann paru en 2002. Il s’agit d’une analyse de l’économie européenne dans la période 1929-1933, très exactement, du projet Briand de fédération européenne à l’échec de la conférence économique internationale de Londres. Les petits États d’Europe danubienne sont déstabilisés par l’effondrement des cours des produits agricoles. Les grandes puissances choisissent alors de donner la priorité à la défense de leurs objectifs nationaux et instrumentalisent la crise pour faire reculer la coopération internationale. Mauvais calcul, on sait ce qui en sortira quelques années plus tard. Pourtant, tous les éléments de solution étaient là. Plusieurs projets qui anticipent sur l’après-guerre et la construction européenne naissent entre 1929 et 1933: l’union douanière de l’Europe, la création d’une société financière internationale, un fonds de soutien commun des monnaies. Tous ces projets échoueront à cause de l’égoïsme des grandes puissances.

L’actualité n’est pas sans rappeler cette période de l’histoire. Faute d’avoir osé mettre en œuvre des solutions qui existaient déjà, nous ne sommes sortis de la crise de 29 que par la deuxième guerre mondiale.

Monsieur le Ministre, quelles seraient aujourd’hui vos propositions pour sortir de la crise sans guerre mondiale? Quelles crises à venir anticipez-vous? Quels scenarii imaginez vous et surtout, quelles solutions?

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