Vélib 2018: Vivement le printemps

Dans la nuit de la Saint-Sylvestre, les abonnements Vélib-Decaux ont basculé sur les Vélib-Smoove. Quelques jours auparavant, un message avait demandé aux usagers d’accepter les nouvelles conditions d’abonnement.

Au matin du 1er janvier, les anciennes stations étaient devenus inutilisables, et les nouvelles (et très rares) stations étaient devenues opérationnelles.

J’ai donc repéré la station la plus proche de chez moi, à l’angle Rennes et Assas, j’ai réussi à activer mon pass Navigo en nouveau pass Vélib, et j’ai roulé de cette station à la station de la rue du Pont de Lodi avec un vélo mécanique. Voici mes premières impressions.

Les nouveaux vélos fonctionnent mieux que les anciens, le système d’attache est plus fiable et facile à utiliser. Qualité et efficacité, surtout en comparaison des vélos verts qui ont fleuri cet hiver sur les trottoirs de Paris. Les vélos sont plus légers, mais donnent un sentiment de solidité et de fiabilité. Ils roulent très agréablement et de façon plus fluide que leurs ancêtres. La vitesse et le temps de parcours s’affichent et sont ensuite archivés dans l’application, autre progrès. Le panier avec un élastique de maintien est mieux conçu. Je n’ai pas eu l’occasion d’essayer l’attache en « overflow » sur une borne pleine, encore une amélioration notable. Je suis maintenant impatiente d’essayer la version électrique et d’y brancher mon téléphone pour suivre mon itinéraire … quand les pochettes annoncées sur les guidons seront enfin disponibles. Bref, on ne peut que saluer l’excellent choix technologique qui a été fait, l’élargissement de la gestion à l’échelle de la métropole et la gestion couplée avec les Autolib.

Restent toutefois des problèmes sérieux pendant cette période de transition.

Problème numéro un, trop peu de stations sont ouvertes, une soixantaine1 sur l’ensemble de Paris au lieu de presque 1000 en temps normal, ce qui rend le système inutilisable. L’installation a pris un énorme retard, près de la moitiés des stations auraient dû être ouvertes au 1er janvier de façon à assurer la continuité du service, nous sommes à 6%. Le groupe centriste avait pourtant alerté depuis plus d’un an sur la complexité du basculement d’une infrastructure sur l’autre. Même avec des efforts, le système risque de rester inutilisable pendant au moins deux ou trois mois. En imaginant que le rythme incroyablement optimiste de 80 nouvelles stations par semaine soit tenu, il faudrait environ 6 semaines pour arriver à la moitié des stations, seuil qui permet à nouveau une utilisation effective du réseau. (Mise-à-jour du 4 janvier: Ce rythme d’installation parait totalement irréaliste, je ne vois pas de nouvelles stations apparaître sur la carte au cours de cette première semaine).

Autres problèmes, plus mineurs mais agaçants malgré tout car ils auraient facilement pu être évités: Les abonnés qui ont des cartes ne les ont pas reçues, car le basculement des comptes s’est fait trop tard, à la fin de décembre. Ils perdent donc quelques jours d’abonnement par la faute de Vélib. Tout aussi agaçant, le site Velib2018 auquel renvoie l’ancien site Vélib n’affiche toujours pas la carte des stations et ne permet pas de consulter son compte. Le « vrai » site est Velib-metropole.fr, mais il est introuvable. Il n’est quand même pas difficile de faire un renvoi automatique du premier sur le deuxième site ! L’application Vélib nouvelle version, sur les téléphones, est terriblement poussive et affiche au ralenti les stations dans un tout petit périmètre. Elle ne comporte aucun moteur de recherche d’une adresse ou d’un site, ce qui rend la recherche de stations à proximité d’un lieu particulièrement difficile et laborieuse. On devine une fonction « itinéraire » quand on a identifié sa station d’arrivée (il faut déjà y arriver) mais elle prend comme point de départ par défaut l’emplacement géolocalisé du téléphone, donc impossible de planifier quoi que ce soit. Une ergonomie à revoir complètement. Les temps d’affichage et de réaction des écrans des vélos sont incroyablement lents alors que le système n’est qu’à 6% de ses capacités, cela laisse assez mal augurer des temps de réponse par la suite.

Mise-à-jour le 4 janvier: J’ai essayé la version électrique, l’aide électrique peut être réglée sur trois positions différentes et l’impression générale est très agréable, même si le moteur n’est pas très puissant. Quelques problèmes à signaler encore: Quand les vélos ne sont pas assez chargés, ils ne peuvent pas être empruntés, ce qui diminue en pratique la quantité de vélos disponibles indiquée dans l’application. Beaucoup de problèmes de connexion, à chaque passage dans une station, je croise des cyclistes qui n’arrivent pas à activer leur carte ou prendre un vélo. Je m’y suis reprise moi-même à plusieurs fois pour réussir à emprunter un électrique. Enfin, une très mauvaise surprise, un trajet de 10 minutes en électrique est décompté 30 minutes, ce qui diminue considérablement le bonus de trois heures. En réalité, il permet soit de dépasser les 30 minutes, soit d’emprunter un électrique 6 fois, il correspond à un avoir de six euros, une compensation vraiment mesquine et inacceptable.

En conclusion, la nouvelle infrastructure est prometteuse mais absolument pas opérationnelle, la Ville de Paris doit reconnaître qu’il y a rupture de service. La période de transition a été mal gérée et elle est particulièrement pénible pour les abonnés qui méritent une juste compensation. Nous y reviendrons dans un article à venir.

  1. Exactement 62 le 4 janvier.

Publié par

asgodfroy

Anne-Sophie Godfroy a été élue en mars 2014 adjointe au Maire du 6e arrondissement de Paris, déléguée aux universités, à la recherche et à l'innovation. Elle contribue à la réflexion politique, notamment sur l’éducation, la recherche et l’innovation, l'Europe et l'égalité des chances entre les hommes et les femmes. Après un engagement politique à l'UDF puis au Mouvement Démocrate, elle a rejoint La République en Marche début 2017. Elle est candidate aux élections législatives de juin 2017 dans la 4e circonscription de la Marne, sous l'étiquette "Majorité Présidentielle". Anne-Sophie Godfroy est née le 11 septembre 1969 à Chalons en Champagne. Elle est maître de conférences en philosophie, docteur et agrégée de philosophie, et ancienne élève de l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm. Elle est la mère de deux enfants, Elisabeth et de Paul.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *