Quelques idées pour l’école primaire

Quelques propositions en vrac. Elles paraissent peut-être un peu techniques pour ceux qui ne sont pas de la boutique, mais je crois qu’elles permettent de décliner de manière plus précise les orientations justes prises par Bayrou. Un peu d’imagination. Sur le terrain, que pourrait-on faire pour que tous les enfants sachent lire, écrire, compter et surtout raisonner à l’entrée en 6e?

((/public/Images_billets/idees_pour_ecole.jpg|idees_pour_ecole.jpg|R|idees_pour_ecole.jpg, juil. 2009)) – Pour la maternelle: François Bayrou a raison de dire que c’est la grandeur de la France d’avoir une vraie école et pas une garderie, mais il faudrait ajouter une chose: pas plus de 20 élèves par classes, au delà, il devient impossible de travailler le langage qui est au coeur des apprentissages. – Développer les dispositifs spécifiques pour les enfants qui ont des besoins particuliers et/ou sensibiliser TOUS les maîtres à ces situations particulières, les former quand c’est possible (mais ils ne peuvent pas être universels). On est en train de fermer beaucoup de classes spécifiques alors qu’elles sont pourtant indispensables: classes pour enfants non-francophones, pour y apprendre le français avant de rejoindre une classe classique, classes pour enfants handicapés, classes pour enfants qui ont des difficultés passégères de toutes sortes, classes pour enfants qui ne savent pas lire, etc. Sans cela les enfants qui y sont seront perdus, car avec les effectifs actuels, les enseignants ne peuvent pas s’en occuper complètement. Ils ne sont pas non plus formés à cela. Ce serait d’ailleurs difficile: ils sont déjà des généralistes qui enseignent toutes les disciplines et le vivre-ensemble de trois ans à onze ans, ce n’est pas si mal. – Sur la question des enfants handicapés: l’idée de les scolariser avec les autres est bonne, à condition que les établissements aient les infrastructures nécessaires et la formation qui va avec, sinon, c’est une catastrophe ou cela conduit à déscolariser. – Dès que les difficultés sont repérées, avoir des solutions. Aujourd’hui, la seule solution ou presque (les classes spécifiques sont en voie de disparition) est le redoublement dans les mêmes conditions, et il n’apporte pas grand chose (sauf cas particuliers). Il y a trois possibilités: petits effectifs qui permettent une pédagogie vraiment différenciée, classes spécifiques, ou disposif mixte (horaires réservés pour des activités spécifiques) ce qui a le mérite de ne pas stigmatiser, mais complique les emplois du temps. – Sur les ZEP. Il y a un dispositif très intéressant, expérimenté dans le Val de Marne (et peut-être ailleurs): réserver la moitié du temps (une plage horaire le matin et une l’après-midi) à un travail en demi-groupes, en fonction des besoins des enfants, une fois en maths, une fois en français. C’est hyper efficace, même en trois semaines les enfants qui ont des problèmes rattrapent. En gros, il faut 1,5 professeur par classe. Voilà qui serait un vrai engagement dans pour les ZEP. Quelle est la plaie des ZEP aujourd’hui: des enseignants inexpérimentés et une instabilité chronique des équipes pédagogiques qui changent trop souvent. On le comprend, ce n’est pas toujours facile, on est comme un soldat au front, et la fatigue conduit à demander des mutations vers des lieux moins exposés. Quelles solutions? Eviter d’y mettre des stagiaires en début de formation? encourager les gens à rester un certain temps ? comment ? attirer des enseignants plus âgés pour équilibrer les équipes, par des primes?? – Veiller à ce que les services d’aide (les RASED pour les initiés, ou « Réseaux d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté »: médecins scolaires, psychologues, orthophonistes, enseignants spécialisés, etc.) fonctionnent bien et soient accessibles. Ils sont souvent saturés. Former les enseignants au dépistage (mais ils n’ont pas à devenir des experts, il faut seulement qu’en cas de doute ils puissent envoyer l’enfant chez un spécialiste.) Dans les ZEP, renforcer ce type de services à l’intérieur de l’école. – La qualité de la formation des enseignants est une question cruciale. En outre, nous sommes dans un moment de changement avec les rattachement des IUFM aux universités et l’alignement possible sur LMD. Aujourd’hui les instituteurs ont à peine 1 an de formation contre 3 dans les anciennes écoles normales (2 pour ceux qui ont préparé le concours à l’IUFM mais dans une académie comme Créteil c’est seulement la moitié des reçus au concours) alors que le métier est au moins aussi difficile. Rien d’étonnant à ce qu’ils connaissent moins bien le métier en début de carrière ! Une proposition de formation: préparation des concours dès L3, M1 et M2 en formation au métier d’enseignant. M1 correspondrait à l’actuel PE2, M2 est à inventer et permettrait de faire tout ce qui manque aujourd’hui au delà de la didactique des disciplines. On peut imaginer d’étaler M2 sur les actuelles années T1 et T2 (donc d’être à mi-temps enseignant et à mi-temps en formation). Il faut réfléchir au moment de la titularisation dans ce cas. Les professeurs des écoles auraient un master pro « enseignement primaire » qui reconnaîtrait enfin que leur compétence est plus qu’une licence. Au passage, cela supposerait aussi une revalorisation des salaires… – Il est urgent d’arrêter l’application du décret Robien qui diminue le rôle de l’IUFM et prévoit une formation sur le tas avec un tuteur (qui ? avec quelle formation ? mystère). Ce serait une double catastrophe : pour les enfants qui auront un(e) professeur inexpérimenté la première moitié de l’année (les dégâts plus limités en secondaire où ce n’est que quelques heures par semaine), surtout en ZEP au CP, et pour la qualité de la formation des enseignants. Il est assez contradictoire de trouver les enseignants mal formés et… de leur confier la formation de leurs jeunes collègues. A part projeter les stagiaires dans la douleur d’une situation qu’ils ne maîtrisent pas et reproduire l’existant, avec ce qu’il a de bien et de mal, je ne vois pas l’intérêt de ce nouveau dispositif. Ou plutôt si: il permet des économies, les stagiaires assurent des heures d’enseignement et il y a moins d’heures de formation à leur payer. Est-ce une vision à long terme? – Il est essentiel de conserver un important volet de formation continue pour deux raisons: 1) les profils des professeurs sont très variés, ils ont été formés différemment à des époques différentes et les programmes changent; 2) cela permet de la variété dans la carrière, ce qui est important pour conserver de l’enthousiasme. – Il faut créer un métier d’informaticien d’école, capable de dialoguer avec les enseignants, d’assurer la maintenance du matériel et d’aider au choix du matériel. Sans cela, pas de TIC possibles. Je vois tous les jours des mairies qui ont investi dans du matériel inadapté, des informaticiens qui créent des usines à gaz que personne ne peut utiliser, etc. Le vrai problème ne vient pas des enseignants ou de l’argent (même si cela arrive).

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