Réflexions post #Brexit: le seul scénario porteur d’espoir et de #démocratie est celui d’une #renaissance européenne

Vendredi 24 juin les Britanniques ont voté la sortie de l’Union Européenne. Deux semaines plus tard, l’événement a causé des dommages collatéraux: chute de la livre sterling, chute des bourses européennes, destruction de valeur et hausse des impôts, sorties de jeu de Boris Johnson, de Michael Gove et de Nigel Farage, principaux promoteurs du Brexit, et, plus grave, montée des actes racistes outre Manche. Pour le reste, la classe politique britannique est dans l’impasse, les décisions sont remises à la rentrée, conservateurs et travaillistes sont plus divisés que jamais, personne ne sait comment mettre en œuvre le résultat du referendum.

52% de 72% des inscrits soit 37,5% des Britanniques en âge de voter ont choisi le Brexit. Les trois millions d’expatriés n’ont pas été appelés à voter alors que les expatriés dans l’UE étaient pourtant les premiers concernés. Les Brexiters ne sont donc pas vraiment majoritaires. On comprend mieux dans ce contexte la pétition pour un nouveau référendum, mais il est trop tard. Selon la règle du jeu démocratique, ils ont gagné, et le choix de 37,5% des Britanniques est devenu le choix souverain du peuple britannique.

Quel sera le nouveau statut du Royaume-Uni? Sera-t-il aligné sur le statut de la Suisse ou la Norvège, Etats associés mais pas membres? Il n’aurait pas grand chose à y gagner et serait contraint d’accepter les décisions de l’Union sans y participer avec son commissaire, ses députés, sa présence au Conseil Européen et dans tous les rouages de la Commission, ce qui serait une perte de souveraineté manifeste. L’option d’une sortie complète de l’espace économique européen ne semble pas plus réaliste. Enfin, conserver l’accès à l’espace économique sans participer à aucun accord relève du rêve éveillé, cela reviendrait pour les pays membres à accorder une prime au pays qui ne veut plus participer au club mais en conserver tous les avantages, en d’autres termes, ce serait accorder une prime au délitement complet de l’espace européen. La situation est très inconfortable aussi pour les autres membres: se montrer trop conciliants reviendrait à laisser tous les Etats picorer ce qui les arrange et refuser les contraintes et conduirait rapidement à la désintégration du projet européen; mais se montrer trop intransigeants pourrait plonger le Royaume-Uni dans la crise, et le reste du continent avec.

Deux semaines après, on peut même se demander si la sortie de l’Union Européenne est vraiment à l’ordre du jour. En effet, pour le moment personne ne sait comment la constitution britannique doit prendre en compte le résultat du referendum. Faut-il un vote du Parlement pour activer le fameux article 50? Faut-il des votes des parlements régionaux? Si c’était le cas, il est vraisemblable que l’article 50 ne soit jamais activé. Peut-on néanmoins faire comme si ce résultat n’avait jamais existé? Impossible également. Les marchés financiers ont déjà pris acte du Brexit et le Royaume-Uni, hors de la zone euro, aura bien du mal à conserver son passeport financier européen et ses chambres de compensation, même s’il restait membre.

Nous sommes donc dans un entre-deux dangereux, qui risque de durer, avec un Royaume-Uni qui devra trouver d’une part des solutions à la chambre des communes pour se sortir de l’impasse constitutionnelle sans donner l’impression de mépriser le vote populaire, et de l’autre chercher à limiter les effets du Brexit en s’appuyant sur des pays membres dont il a su depuis longtemps s’attirer la sympathie, alors que les membres fondateurs voudront faire un exemple, dissuader les « exiters » et donner une nouvelle impulsion à une Europe politique, sous réserve qu’ils se mettent d’accord sur un projet commun. Le calendrier électoral lui-même est peu favorable, les chefs d’Etat français, allemand et italien n’auront ni la légitimité, ni l’énergie pour se lancer dans une renaissance européenne au cours d’une année électorale. Au mieux, le projet pourra être porté par les nouveaux élus à partir de 2017.

Quel message faut-il retenir? Comment peut-on en faire une opportunité pour relancer le projet européen?

Le premier message est un avertissement aux politiques: jouer avec un referendum pour régler ses compte au sein d’un parti ou exercer un chantage sur l’Europe est très dangereux. Boris Johnson et David Cameron ont joué aux apprentis sorciers et ils ont perdu. Il n’y a d’ailleurs aucun gagnant dans cette affaire qui tourne au carnage politique, l’opposition travailliste qui devrait bénéficier de la déroute des Tories est elle-même complètement en crise. Personne n’a de plan, comme si personne n’avait jamais imaginé que le Brexit l’emporte.

Second message, le populisme qui a séduit les électeurs britanniques est le symptôme d’une crise politique et économique. L’austérité, masquée par la bonne santé de la finance à Londres, et l’absence d’Europe démocratique finissent par se payer au prix fort, bien que le Royaume-Uni de soit ni dans l’Euro ni dans l’espace Schengen.

Les conséquences

Le Royaume-Uni est plus que jamais le Royaume-Désuni. L’Ecosse est au bord de la sécession, l’Irlande pourrait suivre. Le pays est profondément divisé, jeunes contre vieux, Londoniens contre les autres Anglais, diplômés et universitaires contre moins diplômés, Irlandais protestants contre Irlandais catholiques, etc. Les débats autour du Brexit ont libéré les énergies négatives du mensonge politique et surtout de la haine et du racisme.

La construction européenne essuie un nouvel échec. La tentation de l’explosion et du repli nationaliste gagne du terrain, déjà l’extrême droite réclame un referendum en France et aux Pays-Bas, même si les appels se font moins virulents deux semaines après l’impasse dans laquelle se sont enfermés les Brexiters anglais. L’autre tendance qui nourrit la première est de renforcer encore l’Europe de l’austérité qui se construit dans les antichambres bruxelloises contre les peuples, de renforcer l’Europe de l’austérité sans résultats économiques et au détriment de l’Europe démocratique. Varoukafis a mis en garde avec raison contre cet autre scénario catastrophe.

Le seul scénario porteur d’espoir et de démocratie est celui d’une renaissance européenne, c’est le scénario porté par Guy Verhofstadt, les signataires de l’appel du 9 mai d’Europanova ou Diem 25, le mouvement pour la démocratie en Europe lancée par Varoufakis.

Toutes partagent les mêmes grandes orientations:

  1. Une relance économique et la fin des politiques d’austérité qui détruisent les économies européennes, la construction d’une politique économique commune appuyée sur une vraie monnaie qui ne soit pas qu’une devise commune sans garantie européenne et sans mécanismes de recyclage des excédents, ce qu’est l’Euro aujourd’hui. Ces décisions peuvent se prendre sans modifier les traités et sont un préalable indispensable pour faire à nouveau aimer l’Europe.
  2. Une politique étrangère et une armée communes pour jouer à nouveau un rôle géopolitique dans un monde de grands ensembles. La France et la Grande-Bretagne y ont progressivement renoncé après la seconde guerre mondiale et n’ont plus les moyens de se positionner en acteurs globaux, mais une Europe unie aurait la puissance de revenir dans le jeu. Les Etats-Unis seuls n’ont plus la capacité d’assumer le rôle de gendarme du monde.
  3. Des politiques de sécurité, de recherche, de protection de l’environnement communes.
  4. Des institutions démocratiques pour piloter l’économie et les politiques communes, avec un parlement élu qui joue pleinement son rôle de parlement, un parlement qui nomme un gouvernement qui est son expression, des institutions compréhensibles qui débattent publiquement au nom des citoyens européens à la place du huis clos entre les égoïsmes de vingt huit chefs d’Etat incapables d’une vision au-delà des prochaines échéances électorales de leurs pays.

La constitution de cette Europe existe déjà, elle a été rédigée par von Brentano en 1953, puis enterrée par le vote du parlement français contre la Communauté Européenne de Défense en 1954. Guy Verhofstadt dans son dernier livre, Le mal européen, propose de revenir aux sources du projet européen et d’en faire notre horizon. Nous joignons notre voix à la sienne.

Publié par

asgodfroy

Anne-Sophie Godfroy a été élue en mars 2014 adjointe au Maire du 6e arrondissement de Paris, déléguée aux universités, à la recherche et à l'innovation. Elle contribue à la réflexion politique, notamment sur l’éducation, la recherche et l’innovation, l'Europe et l'égalité des chances entre les hommes et les femmes. Après un engagement politique à l'UDF puis au Mouvement Démocrate, elle a rejoint La République en Marche début 2017. Elle est candidate aux élections législatives de juin 2017 dans la 4e circonscription de la Marne, sous l'étiquette "Majorité Présidentielle". Anne-Sophie Godfroy est née le 11 septembre 1969 à Chalons en Champagne. Elle est maître de conférences en philosophie, docteur et agrégée de philosophie, et ancienne élève de l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm. Elle est la mère de deux enfants, Elisabeth et de Paul.

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