La guerre politique

La campagne de Nicolas Sarkozy m’étonne. Alors qu’une analyse classique le donnerait en baisse, il monte. Comment un candidat sans programme, qui a promis tout et son contraire, dont le bilan est objectivement mauvais à la lumière des rapports de la cour des comptes ou d’Eurostat, qui se complait dans les petites phrases et les appels à l’émotion plutôt qu’à la raison ou dans des affirmations péremptoires et inexactes, qui traite de sujets aussi secondaires que l’étiquetage halal au lieu de traiter de ceux qui préoccupent d’abord les Français comme le chômage ou le pouvoir d’achat, peut-il pourtant monter?

Dans La société du risque, Ulrich Beck utilise une image pour décrire la mondialisation: alors que les États et les acteurs nationaux continuent à jouer aux dames, soudain, les entreprises et les organisations multinationales se mettent à jouer aux échecs, ce qui leur donne aussitôt un avantage évident. Elles changent les règles du jeu, imposent leurs règles à des adversaires affolés par des coups qu’ils ne comprennent plus et qu’ils ne peuvent pas eux-mêmes jouer.

En lisant Menteurs, le dernier livre de Jean-François Kahn, j’ai compris comment on pouvait appliquer la même métaphore à la vie politique. Comme les multinationales de Beck, Sarkozy a imposé à ses adversaire de jouer à un autre jeu, dans lequel il a toute latitude pour imposer ses règles et ses mouvements alors que les autres joueurs ne peuvent jouer que les coups de l’ancien jeu. Bref, il joue aux échecs au milieu de concurrents qui ne peuvent jouer qu’aux dames et sont condamnés à jouer aux dames au milieu de la partie d’échecs imposée.

JFK a bien identifié le changement de paradigme qu’il a imposé à des adversaires. Alors que les autres alignent des programmes et s’attendent à discuter des propositions, se préparant à une campagne qui serait un débat projet contre projet, il est dans la guerre verbale. Il ne s’agit plus de débattre de l’efficacité ou du bien fondé des mesures à mettre en œuvre en cas d’élection, il s’agit de tuer les adversaires pour gagner la guerre des mots, puis la campagne, et tous les moyens sont bons pour gagner. Comme dans une guerre, l’adversaire est déshumanisé, décrédibilisé, réifié, ce qui permet de lui tirer dessus dans états d’âme. La vérité et les moyens importent peu, seules importent la force et l’efficacité pour tuer et gagner. La violence des débats et des mots est extrême. On flingue.

C’est un changement profond des règles du débat démocratique, il prend complètement à contre-pied le candidat Bayrou qui joue à une autre jeu.

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