Forza Nicolas ?

 »L’ancien chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi estime que le président élu français, Nicolas Sarkozy, l’a pris comme « modèle » en politique. « Sarkozy a vu en Berlusconi un modèle. Ses idées sont, comme par hasard, les mêmes que celles que j’ai soulignées dans mes discours », a dit M. Berlusconi. » (AFP, le 8 mai au soir). A ceux qui prédisent la guerre civile et la catastrophe, comme à ceux qui rêvent de lendemains grandioses, d’une France retrouvée, pays le plus prospère du monde qui accueillerait les femmes battues et les milliardaires en exil, je suis forcée de vous avouer que je suis d’humeur nettement moins lyrique.

((/public/Images_billets/forza_nicolas.png|forza_nicolas.png|R|forza_nicolas.png, juil. 2009)) Certes nous ne serons ni l’Irak ni le Bangladesh, rassurez-vous ! Nous ressemblerons probablement à l’Italie à la fin du règne de Berlusconi: Beaucoup de belles paroles volontaires du côté d’un chef de l’Etat bien à droite, non sans un zeste de provocation, la dolce vita pour les touristes et ceux qui ont un peu de moyens, des maisons de couture toujours florissantes, une culture exceptionnelle, une vraie qualité de vie, mais un lent et régulier glissement dans tous les classements internationaux, une perte d’influence irrémédiable, au point de devenir avec la France l’un des hommes malades de l’Europe. Le glissement nous sera masqué par la rhétorique flamboyante et l’art de la communication d’un chef d’Etat qui préférera les incantations sur les valeurs au regard objectif sur son bilan, qui imputera les critiques à la mauvaise foi de ses adversaires impuissants, jusqu’au jour où il finira par apparaître pour ce qu’il est: un acteur ou un clown. A la différence près que Silvio Berlusconi a au moins le mérite d’être un homme d’affaire talentueux qui n’a pas besoin d’amis pour s’offrir des vacances sur un yacht qu’il possède déjà. En citoyenne responsable, je souhaite naturellement le succès de Nicolas Sarkozy, qui serait aussi celui de la France, et donc un peu le mien, mais le bilan des cinq dernières années, et même celui des gouvernements de droite qui ont précédé depuis 1993, m’a donné l’expérience d’un écart désagréable entre les promesses et le résultat. Je pourrais d’ailleurs en dire autant des gouvernements de gauche. Comme nous aurons par ailleurs à peu de choses près le même personnel politique à la manoeuvre, permettez moi d’émettre quelques doutes. Je ne sais d’ailleurs même pas quelles sont les vraies intentions de notre nouveau président, car être « de droite », cela laisse encore beaucoup de latitude. Une seule chose est certaine, comme il l’a exprimé dans son discours le soir du 6 mai: une très grande ouverture, une volonté de rassembler, d’être le président de tous les Français … au moins jusqu’au soir du 17 juin. Quand nous aurons 400 députés UMP dans l’hémicycle, je me demande si ces bonnes résolutions tiendront encore. Aurons-nous un gouvernement démagogue qui vide les caisses pour plaire à son électorat, mais fait passer en catimini quelques réformes bien désagréables des retraites, comme le gouvernement Balladur? Aurons-nous un gouvernement qui passe en force, droit dans ses bottes, déplafonne inexplicablement l’ISF de son électorat stupéfait, et finit lamentablement en paralysant tout par des grèves gigantesques et de sombres histoires d’appartements et d’emplois fictifs, comme le gouvernement Juppé? Aurons-nous un gouvernement qui réforme à moitié les retraites puis nous amuse avec le cancer et la sécurité routière, vraies questions, mais bien peu politiques, puis qui réussit le prodige de perdre 21 régions sur 22, puis de perdre encore un referendum qui aurait dû être des plus consensuels, comme le gouvernement Raffarin? Aurons-nous un gouvernement des longs couteaux où l’on passe plus de temps à s’entretuer qu’à gouverner, au point que certains membres ont dû regarder les émeutes de 2005 ou les manifestations anti-CPE avec une Schadenfreude certaine, comme le gouvernement Villepin? Au delà des promesses, le choix est assez vaste, et toutes les combinaisons possibles. Le soutien ancien de Sarkozy à Balladur me ferait volontiers pencher pour l’hypothèse « démagogue qui vide les caisses », mais je peux me tromper. L’hypothèse « droit dans ses bottes et inflexible » qui braque le pays contre toute réforme et finit dans des scandales financiers assez minables n’est pas à exclure non plus. L’un des éléments nouveaux néanmoins est le très grand talent d’acteur de notre nouveau président, et les bonnes leçons de communication qu’il est allé chercher chez Berlusconi et Bush, indépendamment de toute considération idéologique. Je ne peux m’empêcher de rire en imaginant la tête des lecteurs de Famille Chrétienne auquel le candidat Sarkozy avait expliqué qu’il ferait une retraite après la campagne « peut-être dans un monastère », habile racolage de l’électorat catholique avec les déclarations sur les « racines chrétiennes » (qui ne figureront pas dans la Constitution, puisqu’il n’y aura pas de Constitution selon Sarkozy, mais cela n’empêche pas le candidat de déclarer qu’il les aime). En fait de « retraite », après un suspense haletant et la reprise en boucle du terme « retraite » dans tous les médias, on apprend qu’il prend des vacances bien méritées sur un yacht de luxe au large de Malte. Je ne lui en ferai pas grief, il a cent fois raison de se reposer après une campagne épuisante, mais pourquoi avoir exploité un vocabulaire chargé de connotations religieuses au lieu de dire tout simplement qu’il prenait quelques jours de vacances ? Je ne discuterai pas non plus le choix du yacht et de l’avion privé financés par un ami milliardaire, personnellement des vacances à ses frais en France dans un excellent hotel au bord de la mer m’auraient semblé de meilleur goût, moins « people », mais il est libre de ses vacances. Ce que je trouve exaspérant est la communication insidieuse qu’il a organisée autour, bel exemple de ce qui nous attend. Avec un tel talent, nous devrions nous apercevoir assez tard de la situation réelle du pays, si elle était mauvaise. En attendant, le monde aura tourné, et nous aurons encore perdu du temps. L’Italie s’est réveillée cette année, elle aura commencé son redressement, les Etats-Unis ont fini par comprendre aux élections de mi-mandat, avec deux ans de retard hélas, que Bush, au delà de tout parti pris idéologique, était tout simplement mauvais et les avait entraînés dans une aventure coûteuse et inefficace, nous, nous devrons attendre 2012, je le crains, pour nous réveiller – mais espérons que je me trompe ! Nous amis européens croient que nous venons enfin de nous réveiller, que nous revenons enfin dans le jeu, puissent-ils avoir raison ! Pour les amateurs de comparaisons italiennes, un article de Thomas Guénolé en complément sur ce sujet: [http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=23870|http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=23870]

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