Quand Bayrou écrit à Gisèle Halimi

Avec une seule députée à l’Assemblée, Anne-Marie Comparini, le groupe UDF n’a malheureusement rien de très exemplaire, même en comptant Anne-Marie Idrac, partie diriger la RATP puis la SNCF, cela ne faisait que 2 sur 30. Certes, la situation des parlementaires européens et des sénateurs est un peu meilleure, certes Marielle de Sarnez, Anne-Marie Comparini, Jacqueline Gouraud, Valérie Letard, Nathalie Griesbeck ou la cheffe d’orchestre Claire Gibault commencent à être bien connues des médias et jouent un rôle central dans le fonctionnement du parti, mais on se dit que l’UDF peut mieux faire, et l’UDF a enfin un vrai programme ambitieux pour les femmes.

Le programme a été présenté au forum Elle et il s’articule sur trois thèmes:

Egalité entre les femmes et les hommes dans le monde du travail: fin du travail égal salaire inégal, fin du temps partiel subi et de la précarité féminine, prise en compte des maternités dans la carrière.

Exemplarité de l’Etat et de l’UDF dans les investitures, la représentation, les nominations des ministres, mais aussi dans le fonctionnement de leurs cabinets et de l’administration en général, c’est nouveau et enfin ambitieux. Plus de sous-ministères et nominations-vitrine alors que le cabinet est dirigé par des hommes. L’UDF promet une vraie parité des investitures, ce qu’elle tiendra certainement car avec 30 députés sortants, elle a des marges de manoeuvre que n’ont ni le PS ni surtout l’UMP aux 365 sortants, avec une écrasante majorité masculine. Elle promet aussi une vraie parité dans l’attribution des ministères. La réforme électorale qui instaurerait l’élection à la proportionnelle de la moitié des sièges de l’Assemblée favoriserait également l’entrée des femmes au parlement en 2012.

Lutte contre les violences faites aux femmes avec une loi cadre inspirée par la loi espagnole récente, la plus complète qui existe en Europe aujourd’hui.

Il y a bien encore quelques maladresses, Bayrou parle encore de l’éducation et des maternités comme si elles n’étaient que des affaires de femmes, comme si les hommes n’étaient pas concernés aussi par le sujet. Il a encore un peu trop tendance à croire que la discrimination des femmes au travail aurait une cause rationnelle, la charge des enfants, la difficulté à assumer ses rôles de mère et sa profession, alors que les stéréotypes et les représentations masculines du pouvoir ont aussi leur part de responsabilité, la preuve, les femmes célibataires ne s’en tirent pas mieux et la polarisation du débat sur la maternité peut se retourner contre les femmes. Il a aussi une manière de lier le débat à la natalité qui fait penser au débat allemand, alors que nous ne sommes pas dans la situation démographique catastrophique de l’Allemagne.

Mais malgré ces bémols, la volonté politique est vraiment là, et les femmes de l’UDF veillent à ce que ce volet du programme soit sérieusement appliqué. La lettre de Bayrou à Gisele Halimi me semble un gage du sérieux des promesses du candidat:

A Madame Gisèle Halimi Présidente « Choisir la cause des femmes » 102, rue Saint-Dominique 75007 Paris
Paris, le 4 avril 2007

Madame la Présidente,

C’est avec la plus grande attention que j’ai pris plus ample connaissance du projet que vous m’avez remis lors de notre récente entrevue.

Je soutiens résolument le travail que vous menez au sein de l’Union européenne sur « la clause de l’Européenne la plus favorisée ». Si je suis élu président de la République, j’agirai auprès des chefs d’Etat et de gouvernement européens pour faire progresser, dans la législation européenne, la situation des femmes.

Et sur ce point, je sais à quel point le travail restant à accomplir est immense, particulièrement en France. Dans les mots, dans les discours, les femmes sont reconnues. Mais dans la réalité, dans l’entreprise, dans la fonction publique, dans la feuille de paie, dans la vie de tous les jours, les inégalités demeurent.

Je n’accepte pas cette situation. Je veux en finir avec ces inégalités dont sont victimes les femmes.

J’imposerai que l’Etat, dans sa représentation politique et dans son organisation administrative, montre l’exemple. C’est ainsi que je propose une réforme du mode de scrutin aux élections législatives, qui, à travers l’introduction de 50% de représentation proportionnelle, verra les femmes entrer enfin à l’Assemblée nationale.

De même, dans les recrutements, les promotions et l’accès aux grandes responsabilités de la fonction publique, je veillerai à ce que toute leur place soit donnée aux femmes.

Enfin, je serai attentif, dans l’exercice du pouvoir de nomination qui relève du chef de l’Etat, à établir une parité effective entre hommes et femmes.

Pour ce qui relève du domaine de la loi, j’estime qu’il faudra aller plus loin que les textes actuels, par exemple en pénalisant financièrement les entreprises qui se rendent coupables de discriminations salariales. Je souhaite également que l’on interdise l’abus du recours au temps partiel, dont les femmes sont les premières concernées, et qu’on les protège lors de leur retour à l’entreprise après un congé maternité.

Je considère par ailleurs que l’on doit prévoir la prise en compte du temps passé à l’éducation des enfants dans le barème du futur système de retraite par points que je souhaite mettre en œuvre.

Reste enfin la douloureuse question des maltraitances faites aux femmes. Là encore, je pense, comme vous, que la société tout entière doit refuser l’inacceptable. Si je suis élu, je demanderai au gouvernement de préparer une loi-cadre contre les violences faites aux femmes, dont je vous soumets les grands principes :
– amélioration de la formation des acteurs sociaux, médicaux et judiciaires à l’accueil et au soutien des femmes victimes de violences conjugales ;
– sensibilisation des jeunes à toutes les formes de violence ;
-création d’appartements-refuges ;
-facilités accordées aux juges pour éloigner le conjoint violent des lieux fréquentés par la victime et l’astreindre à un suivi médical.

J’insiste enfin sur un dernier point qui me tient particulièrement à cœur : le soutien aux associations. Je considère en effet que l’Etat ne peut, seul, livrer tous les combats. Il a besoin, à côté de lui, d’une société civile organisée, d’un tissu associatif dense et dynamique pour solliciter son intervention, relayer son action et, parfois aussi, se substituer à ses défaillances. C’est pourquoi les associations seront reconnues, valorisées et aidées, spécialement celles qui mènent ces combats si importants pour la République.

Je tiens à vous féliciter à nouveau pour l’action que vous menez au sein de « Choisir la cause des femmes » et, restant à votre écoute, vous prie de croire, Madame la Présidente, à l’assurance de mes sentiments les plus cordiaux.

François Bayrou

La lettre est téléchargeable sur le site de l’UDF.

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